CONNEXION

Trisha Brown danse l'imprévu !

Performance au Transbordeur de Lyon

par sathya

Le 26 Septembre 2010


Dans la moiteur typique du Transbordeur, où si souvent sueurs, musiques assourdissantes et bières étourdissantes se mêlent, ce soir-là, le silence. Ce silence si doux qui permet de découvrir tous ces bruits mineurs, qui rythment notre vie silencieusement, auxquels nous ne prêtons plus attention. Par manque de temps. Par manque d'envie.

Trisha Brown a été là pour nous rappeler à quel point, le silence est fait de bruit. Et pour cause, dans Foray Forêt, pièce créée en 1990 à Lyon et reprise cette année pour la Biennale de la danse, la chorégraphe contemporaine nous offre l'occasion de nous taire, de faire le vide en nous, pour les écouter, eux ces danseurs silencieux.

Pas de musique. En apparence seulement. Inspirations, expirations, souffles chaloupés, battements de coeur, on entend tout. Justement par notre silence. Silence accentué lorsqu'une musique presque inaudible commence à fleurir. Hallucination auditive ou réelle musique ? Mais d'où vient-elle ? Le public s'interroge intérieurement puis se tourne à droite puis à gauche pour comprendre. Que se passe-t-il ?

L'inaudible musique, dont on peut maintenant distinguer cuivres et percussions, s'amplifie lentement. Le lentement ça veut dire qu'elle passe de 1db à 2db en 15 minutes ! Puis tout s'accélère. La musique dont on ne parvenait pas à savoir d'où elle venait, se localise. Derrière nous. Derrière la salle. Puis à gauche, à droite. Le public peut identifier les notes et les rythmes. Aucun doute c'est une fanfare.

Neuf danseurs. Qui n'entendent rien. Ou du moins qui font mine de rien. Les mouvements, les pas, les bras qui se lèvent. Tout est orchestré. Une sorte de main invisible décide de tout. Ils exécutent avec passion, virtuosité et justesse. La fluidité de l'ensemble est saisissante ; on croirait voir le ballet incessant des atomes dans l'univers, qui se rencontrent, explosent, s'isolent, se rencontrent, explosent, s'isolent.

Mais que vient faire une fanfare, reprenant des standards de chansons françaises, au milieu d'une performance de danse contemporaine ? Effectivement c'est une performance. Mais ça on le sait qu'à la fin. Parce qu'à ce moment-là, on - le public - se demande : "est-ce prévu ?".

Trisha danse l'imprévisible. La fanfare se fait bruyante, assourdissante puis disparaît. A aucun moment, le public ne la voit. Les danseurs, eux, sont impassibles. Le public sourit devant l'intrusion de la musique. Après le silence, l'imprévisible. Là encore on se demande ce que peut faire une fanfare ambulante autour du Transbordeur : répétitions malencontreuses ? Manifestations ? Tout nous passe par la tête. Mais la danse continue comme si de rien n'était.

C'est bien là l'essentiel. Vingt-huit minutes de danse. Très propre. Mais vingt-huit minutes de pur bonheur à voir la danse continuer malgré tout. Cette danse qui en apparence ne demande rien dans le silence, s'affirme bruyamment. Elle nous fait devenir acteur de la création, de la performance. Dans le silence que nous créons au début, peuvent s'élever respirations, pas chassés, battements de coeur. Dans le bruit extérieur, nos réactions soucieuses puis amusées, créent quelque chose qui fait écho à cette danse imperturbable.

CHOREOGRAPHIE : Trisha Brown
Musique : Fanfare locale
Collaboration : Robert Rauschenberg
Costume: Robert Rauschenberg
Eclairage : Spencer Brown avec Robert Rauschenberg
Durée : 28 minutes
Performers : 9 danseurs

sathya

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