
On connaît tous la crise des subprimes qui plonge la sphère financière dans la tourmente depuis plus d'un an. Que signifient les plans de sauvetage pris par les Etats dans la gestion de l'économie ? Est-on en train d'assister un changement de paradigme ?
Avant de commencer, faisons un bref retour sur les faits concernant le fonctionnement des fameux « subprimes ». Il s'agit en fait de crédits octroyés par des agences de crédit à des personnes non solvables. Ces crédits ont été titrisés, c'est-à-dire transformés en titres, mis en vente sur les marchés financiers, divisés en petites coupures, insérés dans des paniers de titres, bref ils ont été complètement englouti par la machine financière. Ainsi plusieurs acheteurs ont été propriétaires à tour de rôle de ces « subprimes », à tel point qu'au final on ne sait plus vraiment qui en est l'heureux détenteur. Le système a pu bien fonctionner tant, qu'en début de chaîne, les acquéreurs des crédits pouvaient rembourser leur crédit. Puis est arrivé le jour où ces personnes ont arrêté de rembourser leurs crédits faute de moyens ; moyens qu'ils n'avaient pas, pour la plupart, dès le début. Le système s'enreille donc. Mais contrairement à un système simple à deux personnes, à savoir, celui qui offre le crédit et celui qui le rembourse, là il faut trouver qui est en bout de chaîne et donc qui détient ce crédit défectueux (ou parfois des morceaux de ce crédit).
Face à la tourmente qui a pris place ces derniers temps, des mesures ont été prises pour arrêter la crise. Nous n'allons pas ici énumérer toutes les mesures mais essayer de montrer que nous assistons à un changement de paradigme, du moins c'est ce que nous pensons. Nous serions en train de nous débarrasser du paradigme monétariste, devenu dominant à partir de la fin des années 70. Ce paradigme a mis fin aux politiques keynésiennes fondées sur l'endettement pour promouvoir une nouvelle théorie inspirée des théories néo-classiques. Pour le dire brièvement, nous avons donc vu la capacité régalienne de création monétaire s'autonomiser et devenir indépendante (comme la Banque Centrale Européenne). Les monnaies sont passées de taux fixes à des taux variables. Elles sont donc désormais fixées en temps réel les unes par rapport aux autres. Aussi du point de vue politique, la fixation du budget a complètement changé. Avant nous avions des budgets étendus, financés par de l'endettement ; désormais l'endettement est condamnable (cf critères de convergence de l'Union Européenne qui n'autorise pas un endettement supérieur à 3% du PIB). Ainsi politiquement, toutes les politiques publiques ont du être repensées différemment, selon un autre paradigme, avec d'autres objectifs. Il a fallu dépenser l'argent que l'on avait, et pas un centime de plus (ce que la France n'arrive toujours pas à faire). Les plans de sauvetage mis en place ces derniers mois ont vu des sommes ahurissantes (des centaines de milliards d'euros ou de dollars) être déboursées pour « assainir le marché ». Ces sommes ont été débloquées sur simple création monétaire, acte toujours refusé par la Banque Centrale Européenne pour, par exemple, augmenter le budget de l'Union Européenne et mettre ainsi en place des politiques redistributives. Mais quand il s'agit de sauver des banques nous sommes dans un autre domaine, paraît-il. Ainsi nous avons vu des institutions monétaristes voler au secours des banques avec des politiques keynésiennes voire socialistes quand il a fallu renationaliser (rendez vous bien compte) des banques, dont personne ne voulait plus. « Le jour où Wall Street est devenu socialiste » titrait le Monde Diplomatique. Et nous y sommes.
"The State has been brought back in" pourrait-t-on dire, en paraphrasant le livre de Theda Skocpol (Bringing the State back in). Et oui, L'Etat est de retour dans les affaires de la finance. On ne laisse plus le marché s'autoréguler. C'est même mieux que ça, car, c'est le marché qui demande à l'Etat de voler au secours des banques. On voit donc les plus libéraux, les plus monétaristes agir de manière socialiste. Alors ce changement de paradigme va-t-il durer ? A entendre les responsables politiques, il faut retrouver une finance saine, sans excès. On se croirait en 1929 ! A voir comment les politiques prennent à bras le corps ce grave problème de gestion financière, on pourrait se dire que l'avenir de tous les politistes vient de s'éclaircir. La finance et a fortiori l'économie va-t-elle redevenir une prérogative de l'Etat, et donc se réencastrer dans la sphère politique pour paraphraser Karl Polanyi ? Suivons l'actualité de près pour voir ce qu'il en adviendra.
sathya