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Jay Reatard ou les exploits d'un demeuré

par almond

Le 29 Avril 2009


C'est pas parce qu'on est rondouillard, qu'on porte un prénom de fille (à savoir Lindsay) et qu'on est blanc comme une cuisse de poulet crue qu'on est un gentil garçon. Chronique d'un punk qui nous en met plein la gueule au propre comme au figuré.

Qu'il réinvente les couleurs comme le poète de 7 ans ( son simple, Fluorescent grey), se maquille en Kiss ou joue de la batterie dans une cantoche de lycée, Jay Reatard ( soit Jay le "débile") , ne laisse pas indifférent.

A quinze ans ce petit bouli hyper actif à qui l'on a offert une guitare et un micro pour avoir la paix débute sa carrière musicale. Dès son premier opus, "children hate", il annonce la couleur. Dix ans d'activité intensive et personne ne se doutait que ce natif de Memphis deviendrait une icône du punk. Faire du punk quand on vient du Mississippi ? Tu cherche les emmerdes, Jay ? La réponse est oui, mais il arrive tout de même à calmer les ardeurs des mélomanes.

Pourquoi ? Parce qu'il écrit, commercialise (et même souvent offre gratuitement) plus de chansons que n'importe quel autre artiste ultra prolifique. En fait, Jay veut faire de la musique et ne comprend pas quand on lui parle de pognon...

Il se fait passer pour un attardé mental et enregistre des 45 tours au doux noms de Get real stupid. Il aimerait bien le devenir, mais n'y arrive pas !!! On a beau se fracasser la tête contre les murs, quand on est intelligent on le reste.

Version punk grunge lo-fi et bubble gum, la bête en connait un rayon. Sur son myspace, il cite Dwarfs, Ramones et Wire comme influences majeurs ( en fait, tout le monde cite Wire ces temps-ci, c'est devenu à la mode, comme, il ya deux ans était incontournable la comparaison avec Joy Division).

En réalité, les singles sélectionnés pour son premier Best Of intitulé "Matador singles 08 ", ( une rétrospective à 25 ans, c'est un peu gonflé), font davantage penser à du Supergrass période I Should Coco. Comme les lads d'Oxford en leur temps, il a pour ambition de jouer plus vite et plus fort que les autre. Sa voix oscille d'un morceau à l'autre entre celle Gaz Coombes ou de Win Butler (Fluorescent grey ressemble étrangement à du Arcade Fire).

Bref,il y a chez Jay Reatard un constant retour aux gamineries, comme dans screaming head, lardé de flûtes à bec et arrangements dignes d'un Daniel Johnston. Ses clips ( See/Saw) montés à la rache le présente bon enfant, jouant avec ses copains, explosant un caddy de supermarché.

Par ailleurs, vu le dos de l'album Matadore Singles 08, représentant son bassiste sur le trône entrain de poser une galette - non pas de gerbe, mais bien de vinyles- on se doute qu'il aime les blagues pipi caca à l'instar de son pote Bradford Cox, le leader tourmenté de Deerhunter , dont on parlera peut-être bientôt dans Ubikuity.

Mais malgré la joie candide et juvénile qui émane de tout cela Reatard aimerait qu'on le prenne au sérieux et peut devenir très susceptible quand un fan lui manque de respect. Ainsi on trouve sur You Tube des vidéos du type : "Jay Reatard fracasse un fan en plein concert à Las Vegas", ou bien "Kick at the Silver Dollar". Il n'y a pas que les fans qui sont exposés à ses lubies. Ainsi, son bassiste se fait parfois cracher dessus juste pour le plaisir et montrer ce que c'est qu'un "real punk"...

Si vous croisez donc dans la rue un mec déguisé en clown, maquillé à la Kiss, jouant les DeeDee Ramone dans son perfecto, ou bien astiquant une guitare Flying V, faites attention car ça pourrait bien être lui.

Tout ça pour dire que si Jay est prolifique, et créatif - sans pour autant révolutioner quoi que ce soit,si on aimerait découvrir tous les jours des talents de ce genre, et que l'on regrette, musicalement, notre héxagone (Oh mais non ! Ici, y a les BB Brunes...) il ne faut pas trop en parler non plus, de ce petit génie. Ce serait dommage qu'il prenne la grosse tête !

almond

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