CONNEXION

Jojo le magnifique

par almond

Le 24 Mars 2009


Fidèle à lui même, Jonathan Richman,le troubadour de Boston, nous en a encore mis plein la vue en ce lundi 16 mars. Jamais chanteur n'a été aussi ravissant .

Il y a des artistes à qui l'on pardonnerait tout . Ou presque. Comme l'article qui suit est un débordement élogieux, un foisonnement de compliments à l'adresse de ce merveilleux (en)chanteur qu'est Jonathan Richman, on se permet quand même un petit coup de gueule pour commencer.

Passe encore la "maniaco-dépressive" qu'on nous inflige en première partie de concert. Le public est tellement excité à l'idée de rencontrer Jonathan qu'il applaudit poliment à la soupe de cette jeune inconnue venue d'allemagne.

En revanche, un concert qui se termine à dix heures...non ! On ne peut tolérer ça de Jonathan Richman tellement il nous parait un fêtard invétéré, un showman, envers et contre tout.

Dix minutes d'applaudissement n'y feront rien, la bête ne réapparaitra, au deuxième rappel, que pour remercier son public. "ça fait vingt ans que j'écoute ta musique", gueule un quidam désappointé. "On a pas payé 25 balles pour 1h20 de concert ! Reviens, Jojo !", râle un autre, inquiet.

Petit à petit, la foule se dissipe, déçue,mais sans amertume.Après tout on a quand même vu l'oiseau rare ! Il existe !Pour de vrai !

Afin comprendre ce qui a poussé tant de monde à aller au concert de cet olibrius dont le nom ne dira sans doute rien à nos aimables lecteurs, il est nécessaire de revenir sur la vie extraordinaire du dit dandy.

Jonathan Richman est avant tout connu pour avoir inventé le Punk. Non, ce n'est pas une blague. Ce gringalet au sourire idiot a bien précédé les Sex Pistols. Johnny Rotten était même un grand fan de lui.

Malheureusement, au sein des Modern Lovers, Richman ne bénéficiait pas d'un manager tel que Malcolm Mclaren, et sa galette a dormi 4 ans dans les tiroirs d'une maison de disque avant de voir le jour. Ainsi, les modern Lovers se sont fait voler la vedette. Pistols et Clash les ont devancé.

Mais Richman s'en moque. De toute façon, il se rend vite compte que le punk, c'est pas pour lui. En effet, comment peut-on hurler des "paroles" telles que "je veux te baiser jusqu'au trognon", quand on ne boit que du lait et que l'on déteste le bruit ?

Très vite, et au grand dam de ses fans, Jojo laisse tomber ses Modern Lovers pour un combo réduit au strict minimum. Il livre des albums épurés, lorgnant sur le rock des années 50 et va progressivement s'improviser crooneur (avec plus ou moins de sérieux).

Sur scène, il reste tout sourire, gigotte dans tous les sens et glousse de plaisir. Même quand on se fout ouvertement de sa gueule. Il faut dire que pour les anciens fans, la pilule est dure à digérer : comment admettre que le créateur du punk chante désormais des niaiseries ou se côtoient Bonhomme de neige, Dinosaures et vendeurs de glace.

Jonathan est un gamin un peu débile et c'est pour ça que l'on est d'une extrême indulgence avec lui. On ne peut qu'aimer ses historiettes bâclées et la sincère candeur avec laquelle il nous les raconte. Il semble marqué à vie par les concerts qu'il a donnés pour les malades mentaux de quelque hôpital psychiatrique. Retrouver la simplicité et la joie de vivre des idiots, telle est son précepte.

Sur scène, il passe désormais de l'anglais au français, de l'italien à l'espagnol, et parfois se mélange un peu les pédales. On a déjà du mal à le comprendre dans sa langue maternelle tellement ses paroles délicieusement ineptes semblent sortir tout droit de la bouche d'un gamin de quatre ans.

Si le concert a paru court, c'est aussi parce qu'on ne s'ennuie pas une seconde avec Jojo. Lorsqu'il voit qu'une personne du public commence à décrocher, il la fixe du regard, la charme, et la ramène irrésistiblement dans le délire, en lui communicant son gloussement ravageur.

Une chose est sûre, il aime les gens, il gâte son public, et l'on est même gêné qu'il nous prête une telle attention. S'il y a bien une seule personne qui essaye vraiment d'entrer en interaction avec le public, c'est Jonathan Richman. Il nous regarde, émerveillé du spectacle qui se déroule sous ses yeux. Il ne réalise pas vraiment qu'on est venu le voir. On a d'ailleurs l'impression, que c'est plutôt l'inverse. Il a tellement envie de faire plaisir qu'il ressort du placart quelques vieux tubes, comme "I was dancing in a lesbian bar".

A la fin du concert, le spountz se transforme pour de bon en crooneur. Pendant quelque minutes on passe du rire aux larmes lorsqu'il nous raconte dans son français chantonné approximativement, comment a disparu la rue de son enfance et tous les copains avec qui il jouait.

Merci Jonathan de nous filer le bourdon comme ça.De nous faire comprendre que tu n'es pas qu'un pitre. Merci de continuer à faire l'enfant pour que l'on se sente moins vieillir. Merci de toujours rajeunir et de faire, en poète, revivre dans notre esprit ces vertes années qui se perdent au quotidien...

almond

0 commentaires

COMMENTER CET ARTICLE