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Clangour (Sin Fang Bous)

par Fabien

Le 14 Septembre 2009


Sindri Már Sigfússon, leader de Seabear, sort en 2008 l'album Clangour sur le label berlinois Morrmusic. L'album fleure Animal Collective, mais n'a rien d'une pâle copie. Fait de bois, de vents, de voix, de percussions, Clangour est un ensemble de morceaux pour un orchestre bien particulier, à la mesure du monde intérieur de l'Islandais, entre bois et plastique.

"We make something new out of things lost"

Sindri Már Sigfússon a pris son temps. À 26 ans, il a voulu présenter une autre facette de lui, se faire un cadeau, et mener une recherche dans le domaine de la pop. Si l'on entend bien du Seabear (son principal projet) dans cet album, on n'entend pas que ça, et l'on s'aventure dans des terres proches d'Animal Collective voire de Pink Floyd, des territoires où les chamanes battent des rythmes à vous faire entrer en transe, où les instruments ne sont pas ceux que l'on connaît, où les voix vous transportent.

Une carte du monde de Sin Fang Bous

Sur une pochette d'une grande richesse, Sin Fang Bous se présente comme un dieu à la barbe multicolore au milieu de ses instruments de puissance. Mais les couleurs vives et variées rassurent bien vite sur le monde que renferme cet album.

Les instruments présentés nous donnent un aperçu de ce que l'on rencontrera : le piano, le xylophone, la guitare, le banjo voisinent avec de lourds beats électroniques, avec les sons les plus artificiels, sortant tout droit des synthétiseurs de Sindri Már Sigfússon.

Le volcan lui-même crache de la lave multicolore, comme si rien ne pouvait vraiment être dangereux dans le monde de Clangour. Ce volcan est d'ailleurs confiné à deux dimensions, étant simplement fait de papier, la nature du monde musical de Sin Fang Bous devant passer par là pour nous être communiquée.

Du bois, du feu, du sang… et du plastique, des beats et des bits.

Tout au long de l'album, les claquements de mains, les sifflements, le piano, la guitare, le banjo (accordés ou non), le xylophone, la cornemuse fréquentent les beats les plus électros, les sons les plus synthétiques. Et plus que se contenter de voisiner, ils s'acoquinent. Les sons les plus organiques sont retravaillés par le numérique, les voix sont samplées, offrant au passage à Sin Fang Bous le divin don d'ubiquité.

Clangour est alors un album de l'union, où organique et synthétique enfantent une musique riche, où les instruments de l'orchestre ne sont pas seulement ceux que l'on connaît. Les chœurs sont faits de voix multipliées par le miracle de la technologie. Les percussions sont tour à tour ou tout à la fois des claquements de mains ou des pieds électro bien lourds. Les cordes sont celles du banjo, du piano, de la guitare, passant parfois par le filtre numérique. Les vents sont cornemuses, flûtes, presque classiquement, ou sifflements et voix que la machine a digérés avant de les fournir à nouveau, plus vraiment organiques, pas tout à fait numériques.

La parole de Sin Fang Bous pour peupler les paysages musicaux

Pour Sin Fang Bous comme pour tout démiurge, le verbe à son importance, et les paroles de Clangour font honneur aux petites scènes que crée la musique.

Il est question de bois, de sang, d'eau, de toucher, d'odorat, d'arbres et de bois, de feu, de fumée tout au long de l'album. Les références au vieillissement, à la jeunesse, au pourrissement propres à l'organique sont légions, tout comme celles à la mémoire. Les impressions fournies par les sens se transforment en souvenirs, du corps à l'esprit, les sensations deviennent des images qui restent en mémoire. La fusion avec la nature est souvent évoquée, pour elle-même ou pour la métaphore. La Nature et la nature humaine sont très présentes, et se fondent l'une dans l'autre. Le corps et l'esprit fonctionnent de concert, et semblent défier le temps par le miracle du souvenir.

Un petit tour dans le monde de Sin Fang Bous

Les morceaux ont tous une personnalité bien marquée, quitte à risquer l'éparpillement par moments, comme avec Melt down the knives, paraissant presque trop sage avec sa formation et ses riffs de guitare simples.

Les influences se font clairement sentir du côté d'Animal Collective et Panda Bear. Les rythmes sont entraînants, voire hypnotiques parfois, avec des scansions, des boucles qui ont vite fait de vous transporter vers des horizons méconnus du petit monde de Sin Fang Bous. On croise également Pink Floyd ou Mercury Rev (Carry me up to smell pine), avec ces ambiances planantes, cette atmosphère aux longues plages sonores. Mais si les influences ou les affinités sont bien là, jamais les morceaux ne se contentent d'être de simples copies.

Sin Fang Bous sait nous faire voyager et sait comment nous mener là où il le veut, l'exemple le plus flagrant étant peut-être Lies, morceau presque figuratif tant l'on semble assister à la création d'un paysage au fur et à mesure que le morceau se déroule. L'ouverture de L'Or du Rhin de Wagner n'est pas loin, mais là encore, si l'on décèle l'influence, rien ne semble imitation.

À chaque nouvelle plage, un véritable orchestre d'instruments décalés est mis en branle, et si la variété et l'originalité ont toute leur place, les morceaux ne semblent jamais brouillons, les sons ne s'étouffent pas, tout étant savamment orchestré par le démiurge Sindri Már Sigfússon. Et la maîtrise est telle qu'elle n'est jamais tape à l'œil, que la vie et la respiration des morceaux ne sont jamais ôtés ou mis au second plan.

Sin Fang Bous explore la musique et nous dévoile des arpents de son monde dans ce vaste univers qu'est la pop. Pour cela, il convie les instruments à sa mesure et use de tout les moyens nécessaires. Malgré la structure parfois complexe de certains morceaux, chacun se retient et l'écoute de Clangour laisse de nombreux souvenirs, comme autant de paysages qui vous marquent.

Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, Lies voit la machine s'affoler, le numérique reprendre ses droits, rappelant que le disque n'est qu'un médium, qu'il n'est qu'un canal qui aura permis à Sin Fang Bous de nous communiquer quelques visions de son monde. Et on le remercie sincèrement pour ces jolies images sonores.

Fabien

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