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J'aurais voulu être égyptien

Alaa El Aswany

par shalinee

Le 9 Avril 2009


Censuré, interdit, injurié en Egypte, Alaa El Aswany nous donne des nouvelles. Après L'Immeuble Yacoubian (Pot-Bouille égyptien adapté au cinéma) et Chicago (dont la publication fut accompagnée d'injures et de malédictions), il crée l'événement avec J'aurais voulu être égyptien.

J'aurais voulu être égyptien…« J'ai choisi de mettre ces mots en exergue parce que, de mon point de vue, ils sont ce que j'ai entendu de plus inepte de toute ma vie. ». Dès les premiers mots, le titre apparemment flatteur du recueil devient provocateur. Attention ! Ces paroles ne sont pas celles de l'auteur, mais bien celles d'un personnage qu'El Aswany lui-même décrit comme « une personne extravagante, déséquilibrée ». A cause de l'amalgame que font certains lecteurs entre l'imaginaire de l'auteur et la réalité des ses convictions, cette première nouvelle (initialement, un roman) a bien failli ne jamais être publiée. C'est dire si son écriture est vivante. Le personnage, inspiré par un vrai monsieur, a grandi Impasse des Deux-Palais (rendue célèbre par les sagas de Naguib Mahfouz). Un petit gueux en somme, dans un univers « d'hommes aux rêves fracassés ». Un père dessinateur, un oncle musicien… Des ratés décrits par Alaa El Aswany sans jamais de fausse complaisance, ni de méchanceté. Beaucoup d'humour et de vigueur ; il en faut aussi pour peindre l'Egypte, les hommes et leurs travers sous un jour pas toujours flatteur, mais toujours coloré.

Et cette nouvelle d'ouverture, (plutôt un mini roman en fait), n'est qu'un prélude. J'aurais voulu être égyptien, c'est une galerie de personnages, un vrai "répertoire" que l'auteur s'est constitué en parcourant les rues du Caire, la nuit. L'intérêt de ces petites histoires ? Leurs chutes ouvertes, qui laissent tout le loisir aux personnages pour s'installer et évoluer dans notre imagination. « La littérature est l'art de la vie. Le roman c'est « de la vie sur du papier, qui ressemble à la vie de tous les jours en plus profond, en plus séduisant et en plus beau. » (Préface). La vie, comment la donne-t-il à ses personnages ? Alaa El Aswany n'est pas omniscient et il l'admet : il laisse à ses personnages leurs secrets et leur indépendance. Nulle intention cependant de faire de l'écriture une étude sociologique, critique ou moralisatrice de la société contemporaine.

Dans un même livre donc : un petit roman, une préface pertinente, et des nouvelles qui foisonnent d'êtres à regarder vivre…jusqu'à en oublier qu'on lit. Car un texte d'Alaa El Aswany ne se lit pas : il se dévore.

Un extrait de la nouvelle « Le factotum » :

« -Mon garçon, savez-vous quel est le rôle d'un assistant au département ? Il resta perplexe.
Ici, vous serez le factotum, lui expliqua le chef du département dans un éclat de rire, en passant ses doigts dans ses longs favoris. Hicham faillit rire lui aussi, par flagornerie, mais heureusement, il en fut empêché par un coup de téléphone.
Savez-vous ce qu'est un factotum à la cuisine ? C'est celui qui ramasse les épluchures, qui nettoie le carrelage et qui reçoit des gifles de la part des cuisiniers. Voilà, un assistant, c'est exactement la même chose. »

shalinee

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