CONNEXION

La vie rêvée des plantes

Lee Seung-U

par Raphaelle

Le 18 Septembre 2009


Après plusieurs années d'exil, Kihyon, la trentaine, est revenu dans la maison familiale. Ce n'est que là qu'il a découvert ce qui était arrivé à son frère. Ce roman, en trois mots, c'est des arbres, une famille et des secrets… une formule coréenne pour un roman sinueux. Ceux qui ont en tête les atmosphères du cinéma coréen contemporain n'auront aucun mal à imaginer la couleur de ce roman pudique et torturé.

« Les critiques disent que j'évolue lentement de l'abstraction vers le figuratif, du spirituel vers le matériel. La vie rêvée des plantes est, de tous mes romans, celui qui contient le plus d'éléments concrets. » (Lee Seung-U, sur le site de son éditeur [1]). Après les dix premières pages, ça, on veut bien le croire. L'entrée en matière est crue : Kihyon, en voiture, rabat une prostituée et la conduit dans un motel. Pas pour lui mais pour son frère aîné, Uhyon, amputé des deux jambes après avoir sauté sur une mine pendant son service militaire. Kihyon s'en occupe pour éviter à sa mère de l'emmener au bordel sur son dos, comme elle le faisait par le passé, et surtout parce qu'il a une dette envers son frère.

Lee Seung-U n'évolue pas de l'abstrait vers le concret : il jongle avec les symboles et les intègre à un récit bien ancré dans la réalité. Le temps du roman est celui des fautes et des secrets : une narration fragmentée, avec beaucoup de retours en arrière, et des récits enchâssés. Le temps est aussi, bien évidemment, celui de l'amour et de la quête. La phrase à retenir du roman : « Les arbres sont l'incarnation d'amours brisées… ». Ces arbres jalonnent l'œuvre, comme des personnages à part entière : ils sont les éléments qui permettent de passer du réel à la mythologie, du rêve à la vie. Jusqu'à se demander si certains personnages ne seraient pas eux-mêmes des arbres.

Le temps d'acclimatation au roman risque d'être plus ou moins long selon la sensibilité de chacun... Cependant La vie rêvée des plantes vaut la peine que l'on s'y attarde ; une fois dans ses profondeurs, on quitte la Corée pour un endroit paradisiaque et hors du temps. La formule est simple et efficace : de l'amour et de la culpabilité. Chaque personnage a ses raisons d'agir, obscures. Toutes les questions qui naissent, l'auteur y répond au compte goutte, jusqu'à la dernière page : pourquoi Kyhon est parti et pourquoi se sent-il coupable ? qu'est-il réellement arrivé à Uhyon ? quels secrets cachent les parents des deux frères ? Autant de réponses qui s'abritent à l'ombre de la vie rêvée des plantes ...

Raphaelle

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