CONNEXION

Le monde sur le fil

un film de Rainer Werner Fassbinder

par simon

Le 3 Novembre 2010


Exhumé récemment à l'occasion d'une sortie en DVD, Le monde sur le fil est un téléfilm de Fassbinder datant de 1973. Réalités virtuelles, intelligences artificielles, les thèmes de cette adaptation du roman de SF Simulacron 3 sont assez contemporains même si le film a malheureusement un peu vieilli.

Après la mort soudaine du professeur Vollmer à l'institut de recherche en cybernétique et futurologie, le docteur Stiller est nommé à la tête du projet Simulacron : un programme de réalité virtuelle, simulateur d'évènements dans un monde composé de 9 700 unités identitaires. Bientôt les évènements étranges se multiplient: d'autres employés de l'institut disparaissent sans laisser de trace (y compris dans les mémoires), la réalité elle-même semble vaciller...

Il est improbable que les frères Wachowski se soient inspirés de Fassbinder pour leur Matrix, d'autant que les oeuvres de SF sur le virtuel et le simulacre sont nombreuses; mais il amusant de constater quelques echos entre les deux films, à 20 ans de distance. Comme ces scènes où le docteur Stiller, allongé dans un fauteuil, enfile un casque et se branche sur un ordinateur pour pénétrer dans la réalité virtuelle, avant de revenir dans la réalité via une cabine téléphonique. Si le monde sur le fil est un film assez peu spectaculaire, dépourvu d'effets spéciaux, Fassbinder déploie durant 3h25 une mise en scène baroque, à la limite de l'excès: mouvements insensés d'une caméra qu'on a rarement vu aussi virevoltante à la télévision, décors saturés de miroirs et de jeux de cadrages, soin maniaque apporté à chaque plan. Cette flamboyance, associée à l'aspect suranné des décors (détail rigolo, le film est tourné à Paris qui a l'époque offrait des lieux plus "futuristes"), donne au film une certaine froideur qui rend difficile la moindre empathie pour tous ces personnages. Les jeux de miroirs, passage obligé lorsqu'on veut illustrer le virtuel et la crise des apparences, deviennent un peu démonstratifs à la longue.

Le film est pourtant rempli de belles idées: citons l'intelligence artificielle appellée "Einstein", qui, étant la seule à  avoir conscience de sa nature de programme, fait office de contact entre les savants du monde réel et ses condisciples virtuels. Mais il ne s'agit certainement pas d'un chef d'oeuvre oublié de Fassbinder, ce qui était de toute façon peu probable. Le monde sur le fil est séparé en deux parties, organisées autour d'un twist que tout spectateur de 2010 n'aura aucune peine à voir venir, et la seconde partie semble ne plus trop savoir quoi faire de son intrigue: paradoxalement plus dynamique que la première (avec courses poursuites entre fonctionnaires moustachus, à la Derrick), elle manque de cohérence et propose son lot d'idées insauvables, telle cette scène d'amour sur des peaux de bêtes dont on se demande bien ce qu'elle vient faire là.

Les passionnés de SF apprécieront sans doute ce film comme une curiosité.  Rappellons quand même qu'en 1967, la BBC produisait le Prisonnier; en 1974, la télévision allemande diffusait Le monde sur le fil. En 2010, la télévision française nous donne Plus belle la vie et Braquo. On appelle ça le progrès...

simon

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