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Les Noces Rebelles

Réalisateur: Sam Mendes

Date de sortie: 21 janvier 2009

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Publié par Simon JB, le 10 février 2009 / 0 commentaires / Réagir
Le nouveau film de Sam Mendes réunit le couple de Titanic, pour une évocation complètement désespérée de la désagrégation d’un couple dans les années 1950. American Beauty bis ? On n’en est pas loin, avec un cynisme encore plus démonstratif et l’effet de surprise en moins (attention, la critique contient quelques spoilers).

Réunir Leo et Kate, 11 ans après Titanic, c’était plutôt une bonne idée. Tu le sais, tout le monde te l’a déjà dit, des Inrocks à Première en passant par Chronicart, on ne va pas en rajouter. En plus d’être un peu limité, l’argument est à double tranchant. Faire l’anti-titanic, un film non spectaculaire, désespéré, traquer et éliminer toute trace de romantisme, c’est peut-être une partie du projet du film. La conséquence, tu vois, c’est qu’autant il était facile d’être ému par le destin du paquebot et du couple naufragé - en dépit de tout, même de Céline Dion -, autant l’étalage de noirceur de Revolutionary Road nous laisse plutôt froid et même un peu dégouté.

Sam Mendes, tu commences à le connaître, quatre films au compteur, déjà quelques tics de mise en scène (image jaunâtre formolée, petites notes de carillon égrenées pour donner de l’étrangeté à des scènes banales, sérieux à toute épreuve, sobriété académique de films à oscar). Rien de grave. On peut appeler ça un style, même si ici, c’est plutôt un fond de commerce. Dénoncer sur pellicule la pourriture sous l’american way of life, la bien-pensance de la société bourgeoise et la tyrannie de la norme, c’est un peu comme descendre les poubelles : déplaisant, pas très original ni très neuf, mais il faut bien que quelqu’un s’en charge. Et Sam Mendes le fait plutôt bien, d’ailleurs. Faut dire, il commence à avoir l’habitude. Faisons une petite expérience : tu revisionnes la bande annonce de American Beauty, tu la transposes dans les années 1950 - ajoute des chapeaux, des costumes Marilyn Monroe pour Kate Winslet, des filtres jaunes -, et miracle, voici Revolutionary Road. Qu’est-ce que tu dis ? Histoire de couple, moins de personnages, rien à voir ? Non, le discours est le même, les enjeux aussi, l’impossibilité de s’extraire de la norme (Kevin Spacey / Leonardo di Caprio : mêmes préoccupations, trajectoire inversée), le poids de la communauté, la mesquinerie, la folie. Pas de mauvaise foi, j’avais plutôt aimé American Beauty, et puis tous les auteurs ont leur thèmes. Haneke est déjà préposé à la démonstration de la fascination pour la violence. Mendes semble affecté à la critique du cauchemar feutré et des haies bien taillées de l’idéal américain.

En descendant les poubelles, notre ami Sam ne met pas bien longtemps pour nous mettre le nez dedans. La première scène, celle du malentendu initial (il a l’air mystérieux et différent, elle tombe amoureuse) est assez belle. A partir de là, c’est la dégringolade. Enfoncer ses personnages dans la médiocrité dès la seconde scène, puis ne plus les lâcher, leur coller la tête dans la boue et presser. Qu’attendre d’un film qui se permet ce genre de chose, qui ne met pas dix minutes pour nous présenter tous les pires côtés des personnages (surtout ceux d’April, on y reviendra), leurs faiblesses et leurs échecs et ensuite attend de nous qu’on s’intéresse à eux, qu’on ressente quelque chose pour eux ? Comment veut-on m’émouvoir avec les destins de pantins que même le réalisateur semble mépriser ? Le film me laisse ainsi complètement froid, et c’est normal : pas de tragique sans grandeur, pas d’émotion sincère sans un minimum d’affection ou de haine pour les personnages.

Tu me diras, je suis un bisounours qui me suis trompé de film, j’attendais du romantisme là où il n’y a que de la noirceur. Même pas. Ce n’est pas une question de ton ou de désespoir, simplement d’éthique de la part du réalisateur. Le désespoir ne me gêne pas, le mépris, si. D’autant plus qu’il ne les méprise même pas à égalité. Chaque défaut, chaque faute de Frank est immédiatement annulé, puis compensé par un défaut équivalent chez sa femme. Il est vaguement violent, mais ne porte jamais réellement la main sur elle. Elle est névrotique et n’aime pas vraiment ses enfants. Il fait un boulot au fond peu intéressant et vaguement absurde, mais s’en accomode car il y est plutôt doué. C’est une actrice ratée, qui rêve d’une autre vie. Il couche avec sa secrétaire par dépit, et la scène est plutôt drôle, presque charmante ; elle couche avec son voisin, et c’est glauque et triste.

L’idée de faire du seul personnage sensé de toute l’histoire un fou echappé de l’asile est à l’image du film : intéressante, mais hyper démonstrative. A l’aliénation (psychologique) de la norme répond l’aliénation (médicale) de la marginalité, avec son lot d’électrochocs. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir - pas beaucoup de subtilité non plus.

Le film est fondamentalement stérile, une tâche de sang sur une moquette beige. Tu n’as qu’à réfléchir au rôle dévolu aux enfants : toujours absents, jamais saisis dans leur vie familiale, plusieurs fois décrits comme des "erreurs". Le film ne montre jamais une famille, pas même un couple, juste une juxtaposition d’individualités unis par des rapports de dépendance et de haine. C’est un film sans jeunesse, dévitalisé, qui glisse lentement vers la mort et se complait dans la description de tous les détails de cette glissade. L’épilogue, avec son transfert tardif d’affection légèrement dégoutant, tente de corriger la trajectoire, mais personne ne devrait être dupe.

Pourtant, le film ne passe pas loin de la réussite, ça se joue à des détails, mais des détails importants, plus que le jeu des acteurs, plus que les dialogues surécrits mais plutôt biens, tu l’as lu partout, les acteurs sont bons, ils ont acquis depuis Titanic une densité assez impressionnante (surtout Di Caprio). Oui, l’histoire touche juste, impressionne un peu, mais au fond le cynisme comporte toujours une part de facilité et le film se complait dans cette facilité-là. A l’inverse, pas facile d’être vraiment gentil - on tombe facilement dans la naïveté, la niaiserie (voir les reproches injustifiés faits au dernier Gondry, Be Kind Rewind). Le cynisme est bien plus classe, tu le vois bien, ça donne une hauteur de vue, le sentiment d’avoir perçé la vérité du monde à jour. Si je te sussure à l’oreille, "L’amour est un malentendu", quand tu es amoureux, ça ne fait pas plaisir. "Les rêves de jeunesses s’évanouissent toujours dans la médiocrité", alors que tu es jeune (ou même vieux, on ne se connait pas après tout), ça frappe. Bouleversement des valeurs ? Choc existentiel ? Non, fausse évidence un peu bête. "Les histoires d’amour finissent mal, en général..." Sam Mendes / Rita Mitsouko, même combat, à ceci prêt que la chanson ne se prend pas tout à fait au sérieux, elle...

Compensons toute cette noirceur, finissons sur du positif. La dernière scène est très bien. Un vieux dans son salon écoute distraitement sa femme parler des potins du quartier, tourne peu à peu le volume de son sonotone, jusqu’au silence. La bouche qui s’ouvre et se ferme, absurde, sans produire aucun son. Le plus facile, c’est d’oublier, de faire comme si. Synthèse assez fulgurante du discours du film, qui prouve quand même - avec quelques autres scènes - que Sam Mendes peut être un bon metteur en scène. Le problème, c’est qu’on a un peu envie de faire comme ce vieil homme sur son canapé : par esprit de contradiction, se boucher les oreilles et oublier vite ce film qui fait tant d’efforts pour se rendre mémorable.



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